Au Québec, un million de personnes de 65 ans et plus vivent à domicile, et l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) estime que le tiers d’entre elles fera une chute au cours de l’année. Ce chiffre recouvre des glissades sans conséquence comme des fractures de la hanche. La chute dans l’escalier chez une personne âgée occupe une place à part dans cet ensemble, parce que la hauteur et la position du corps aggravent les blessures.
Lire les chiffres de l’INSPQ avec méthode
Les données publiées par l’INSPQ donnent l’ordre de grandeur. Entre 2000 et 2019, les chutes ont causé 21 644 décès au Québec, soit 1 082 par année en moyenne, et les 65 ans et plus représentent 91,9% de ces décès. Sur la période 2011-2012 à 2020-2021, les chutes expliquent 214 330 hospitalisations, environ 21 433 par année, dont 71,2% concernent des personnes de 65 ans et plus.
Ces totaux couvrent toutes les chutes, à tout âge et dans tous les lieux. Ils ne distinguent pas les chutes dans les escaliers de celles sur un trottoir glacé l’hiver ou dans la salle de bain. Pour estimer le risque propre aux escaliers d’une maison, il faut donc croiser ces données avec l’observation du domicile.
Prenons une maison typique de la banlieue de Montréal : chambre et salle de bain à l’étage, salon et cuisine au rez-de-chaussée, sous-sol pour la laverie. Une personne de 80 ans y emprunte l’escalier plusieurs fois par jour, souvent les mains occupées par un panier de linge. Les mesures simples (éclairage, main courante, bandes antidérapantes) réduisent le risque, et lorsque la force ou l’équilibre ne suffisent plus, la famille peut choisir un monte-escalier adapté à son escalier pour conserver l’usage de l’étage. Il est préférable d’aborder la question avant une première chute.

Situer le Québec dans les données canadiennes
À l’échelle du pays, le rapport de surveillance de l’Agence de la santé publique du Canada indique que les chutes sont la principale cause d’hospitalisation et de décès par blessure chez les personnes de 65 ans ou plus. Le même document reprend l’estimation de l’Organisation mondiale de la Santé : environ un tiers des personnes âgées chutent chaque année, une proportion qui va de 32% à 42% chez les 70 ans ou plus. Le rapport note aussi une prévalence plus élevée chez les femmes âgées que chez les hommes, et chez les 80 ans et plus que chez les 65 à 79 ans.
Les conséquences dépassent la blessure initiale. Selon l’INSPQ, la moitié des personnes aînées qui survivent à une fracture de la hanche ne retrouvent jamais complètement leurs capacités fonctionnelles, ce qui fait de la chute un prédicteur important de perte d’autonomie et d’hébergement en établissement.
Repérer les facteurs de risque modifiables
L’INSPQ classe plusieurs facteurs comme modifiables par le repérage, le dépistage et une évaluation professionnelle : la diminution de la force et de l’équilibre, une médication non appropriée, un environnement domiciliaire comportant des dangers, la dénutrition, les troubles visuels et l’hypotension orthostatique. La baisse de tension au passage à la position debout concerne directement l’escalier, souvent emprunté juste après le lever.
Les médicaments méritent une révision régulière par le médecin ou le pharmacien. Les somnifères, certains antidépresseurs et les médicaments qui abaissent la pression artérielle figurent parmi ceux qui augmentent le risque de chute chez une personne âgée, surtout quand plusieurs sont pris en même temps. Un professionnel de la santé peut ajuster les doses ou l’heure de prise sans compromettre le traitement.
Un facteur s’ajoute souvent après une première chute : la peur de tomber. Une fiche de Promotion Santé Suisse publiée en 2023 rapporte, chez les personnes vivant à domicile, une prévalence de 29% à 92% après une chute, et de 12% à 65% chez celles qui n’en ont jamais fait. Cette crainte réduit l’activité physique, donc la force musculaire, et le risque augmente à nouveau.
Aménager l’escalier avec des repères mesurables
Pour les escaliers en milieu de travail, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) recommande un éclairage d’au moins 100 lux sans éblouissement, des interrupteurs ou détecteurs de présence aux deux extrémités, une main courante continue et rigide placée entre 90 cm et 1 m au-dessus du nez de marche, deux mains courantes au-delà de 1,2 m de largeur, et des bandes antidérapantes de couleur contrastée sur les nez de marche. Ces valeurs constituent une base utile pour un escalier résidentiel.
Garder les marches libres de tout objet complète ces mesures, une consigne que l’INRS répète dans la même fiche. Au Québec, les marches extérieures ajoutent le risque de l’hiver : un abrasif à portée de main et une main courante des deux côtés de l’entrée limitent les chutes sur la glace.
Pour une personne âgée qui vit seule, la téléassistance complète la prévention des chutes. Un bracelet ou un pendentif équipé d’un détecteur de chute alerte un proche ou une centrale d’urgence quand la personne ne peut pas se relever, ce qui réduit le temps passé au sol après une chute dans les escaliers.
Travailler l’équilibre avec le programme PIED
Le Québec dispose d’un outil éprouvé pour les aînés autonomes. Le Programme intégré d’équilibre dynamique (PIED), soutenu par l’INSPQ et offert notamment par la Direction régionale de santé publique de Montréal, a démontré qu’il améliore l’équilibre chez les adultes âgés. Il comprend deux séances par semaine pendant 12 semaines, animées par un professionnel formé, avec des exercices en groupe, des exercices à domicile et de l’information sur la prévention. Les CLSC et les organismes communautaires indiquent les groupes offerts dans chaque région.
Les fiches de l’INSPQ consacrées aux chutes chez les personnes aînées détaillent l’ensemble du continuum de services, du repérage en première ligne aux interventions multifactorielles. Combinés, l’exercice, la révision de la médication et l’aménagement du domicile agissent sur plusieurs facteurs à la fois.

